Tu l'emporteras pas au paradis - Venturini &Co

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Tu l'emporteras pas au paradis

Les polars
Cette cinquième aventure  du commandant Venturini intitulée "Tu l'emporteras pas au paradis",  est parue fin 2014, dans sa version grand format (ci-dessus) et l'année suivante dans sa version poche (ci-dessous).

En voici un extrait :

~ 1 ~ Retour tragique
Michel Savenne s'efforçait de reprendre son souffle à petites goulées alors qu'il abordait le dernier faux-plat, avenue de la Libération, à faible distance de son domicile. Il jetait un œil inquiet aux voitures qui semblaient prendre plaisir à le repousser vers les bordures du trottoir. Qui avait eu cette idée saugrenue d’aménager des bandes cyclables aussi étroites ? Il y a quelques jours, il avait failli percuter une portière ouverte à la volée par une automobiliste inconsciente. Un ultime réflexe lui avait permis d’échapper à la chute. Sa chemisette crème ornée d'un célèbre crocodile lui collait à la peau ; tout juste s'était-il permis de desserrer sa cravate de soie rouge qui voletait légèrement au vent brûlant de la fin août. Son costume de marque n'était pas le vêtement idéal pour s’escrimer sur les pédales, mais qu'importe, en toute occasion il devait avoir une tenue irréprochable ; le laisser-aller n’était pas concevable pour lui.
Il se rappela les propos ironiques de sa femme quand il lui avait annoncé, sur un coup de tête, qu'il se rendrait désormais à son travail à vélo. Lui qui s’était toujours moqué des sportifs du dimanche s’époumonant sur les sentiers aménagés à grand frais aux alentours de la ville, allait intégrer cette caste, quoiqu’à dose réduite. Il savait adopter de l'écologie ce qui pouvait s'afficher et lui valoir de la considération. Il est des modes qu’il convient de suivre, même si on les trouve ridicules. Il tenait cet engagement depuis deux ans maintenant, bien que cela ne soit pas de tout repos. Il s'accordait de fréquentes dérogations, au gré des circonstances ou de la météo. Dans la torpeur de cette fin de journée, il respirait à pleins poumons les gaz d'échappement nauséabonds, piégés dans cette voie cernée par les immeubles d’habitation et trop souvent embouteillée aux heures de pointe. Il n'était pas à une contradiction près. Maguy, son épouse, avait trouvé très vite d'autres sujets d'escarmouche ; il en avait l'habitude.
Leur couple ne respectait plus les bienséances depuis longtemps. L’avait-il jamais fait d’ailleurs ? Sauf lors de rares sorties officielles quand ils tenaient, l’un et l’autre, à donner le change. Cette pensée le fit sourire. Il savait choisir dans les convenances celles qui lui étaient profitables. Il n’avait pas souhaité divorcer, sa femme non plus. A quoi bon ? Après tout une cohabitation intelligente présentait de nombreux avantages et les expériences de remariage de plusieurs de ses relations n’avaient pas été concluantes. Souvent ils remettaient le couvert avec un clone parfait de leur précédent conjoint. Les passions ne sont pas faites pour durer, seuls les naïfs l’ignorent.
Michel Savenne était le directeur de la plus importante agence du Crédit Mutualiste de La Vienne, une figure qui comptait sur la place de Poitiers si l'on devait croire un hebdomadaire parisien bien renseigné qui avait consacré un encart à la ville, deux mois auparavant. Il était consulté tout autant par les politiques que par les agents économiques ; il disposait même d’une rubrique régulière dans une publication gratuite de l’agglomération. Il avait l’habileté de rester au-dessus de la mêlée, c’est-à-dire d’éviter de prendre parti trop ostensiblement sur certains sujets sensibles. Il entrait de son plein gré dans le consensus mou, expression qu’il feignait d’exécrer. Son vaste bureau, au premier étage d'un bel immeuble haussmannien, donnait sur la place Leclerc, face à l'hôtel de ville. Sa journée qui venait de se terminer peu avant vingt heures, avait été d’une éprouvante banalité. Une rencontre le matin avec les syndicats s'était soldée par un échec programmé, l'heure n'étant plus aux dérapages budgétaires ; les salaires devaient être contenus. Une grève dure était annoncée dans quelques semaines, elle allait vite se dégonfler. Il allait commencer les grandes manœuvres pour isoler les meneurs, il excellait dans cet exercice de division, il y trouvait un plaisir trouble. Et il n’avait pas encore abordé le sujet sensible de la réduction programmée des effectifs ! Cela viendrait en son temps. Beaucoup de ses collaborateurs manquaient de caractère, proclamait-il en petit comité. Il devait bien s'en accommoder et quand c'était nécessaire, tirer profit de leurs faiblesses. Cet après-midi, il avait reçu successivement trois chefs d'entreprises du bâtiment dont la trésorerie était dans le rouge. Malgré toute sa bonne volonté il n'avait pu leur donner satisfaction. Pourquoi fallait-il que les banquiers aient à pallier les difficultés du moment ? Il savait qu'ils allaient revenir à la charge avant peu et ils lui ressortiraient leur couplet habituel sur sa responsabilité et celle de la banque en cas de licenciements. S'il était arrivé à ce poste c'est qu'il avait laissé de côté toute sensiblerie, il savait se montrer intraitable quand c'était nécessaire. La fermeté n’excluait pas le sourire, ce qui désarçonnait quelque peu ses interlocuteurs. Il n'hésitait pas à rappeler qu'un contrat devait être honoré. Pour lui les faibles ne méritent pas le respect, au mieux l'indifférence.
Ce trajet lui paraissait de plus en plus pesant ; il pourrait passer bientôt, sans se déjuger, au vélo électrique. Cela le délivrerait de transpirations incommodantes. Son souffle un peu court se chargea de lui rappeler qu'il venait d'aborder la soixantaine. Il décida de passer un peu plus de temps dans la salle de sport, pour soigner son apparence et parfaire sa condition physique. Une de ses adjointes, belle brune enjouée et virevoltante, ne semblait pas indifférente à ses charmes ; il ne devait pas manquer une pareille occasion.
Il réalisa soudain que la soirée de calme qu'il avait envisagée serait remise à plus tard ; au dernier moment sa femme avait convié quelques amis pour un barbecue. Elle l’en avait informé dans la matinée. Cela se passerait sous une tonnelle ombragée, à l’arrière de l’habitation, loin des bruits de la circulation, dans un jardin à la pelouse entretenue avec un soin tout particulier. La vallée où serpentait, perdu dans la verdure, un Clain paresseux, s’étendait en contrebas. La vie sociale faisait partie des obligations qu'il ne rechignait pas à honorer et il saurait se montrer, une fois encore, sous son meilleur jour, alliant comme il se doit l’humour et le sérieux. L’image, toujours l’image !
Jean-Paul Dégasse huissier de justice et sa femme Bernadette étaient invités, tout comme Jean Piollet, notaire rue Carnot et son épouse Marie. Ils appartenaient au premier cercle, une bande qui avait tout partagé depuis de lointaines études de droit. Bernadette avait été sa maîtresse, il y a bien longtemps et il demeurait une certaine complicité entre eux. Elle était alors d’une beauté à couper le souffle ; les années avaient hélas laissé leur empreinte disgracieuse sur sa silhouette, mais pas dans son esprit qui demeurait toujours aussi aiguisé. Marcel Méteau commissaire-priseur, le boute-en-train de l'équipe, serait également de la partie. C'était un célibataire assumé qui accumulait les succès féminins ; il avait lui aussi accueilli dans son lit Bernadette Dégasse, sans que cela n’altère leur relation ; seul le mari, comme souvent, ne savait rien des infidélités répétées de son épouse ou alors il s'en accommodait. L’ignorance feinte était souvent préférable aux emportements puérils. Peut-être serait-il accompagné de sa dernière conquête ? Nelly sa sœur cadette et son mari Thierry Nollin devaient se joindre à eux, un peu plus tard dans une soirée qui ne manquerait pas d’être agréable. Albert Grémillard, promoteur immobilier, avait décliné l’invitation, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Ce dernier traversait une mauvaise passe et il était bien placé pour en connaître les raisons.
Il avait emporté à tout hasard quelques dossiers dans une mallette sanglée sur le porte-bagage. Ils concernaient des clients qui croyaient naïvement que la banque allait leur faire des ponts d’or, sous prétexte qu’ils avaient eu une idée géniale pour créer leur propre entreprise. N’est pas Bill Gates qui veut ! De temps en temps il lâchait quelques milliers d’euros à fonds perdus pour montrer que sa banque n’hésitait pas à soutenir des innovateurs.
Il souffla en constatant qu’il venait de terminer le plus dur du parcours ; il se redressa alors qu’il longeait l’immense bâtiment marqué par le temps de l’Institut des Jeunes Sourds, relâchant enfin son effort. Il regretta que cet immeuble ne soit pas mieux entretenu, de larges plaques de crépi se détachaient par endroits de la façade ; il ne comprenait pas qu’on entretienne si mal son patrimoine. Il pouvait apercevoir, sur la gauche, la vaste demeure bourgeoise qu’il avait su restaurer avec goût. Le toit en ardoises, refait il y a peu, étincelait au soleil. Il sortit une minuscule télécommande de sa poche et une magnifique grille en fer forgé s’ouvrit comme par magie au moment où il ralentissait pour traverser la chaussée. Le lourd portail émit un grincement familier qui le rassura. Une bonne douche serait la bienvenue.
Il posa le pied à terre avec la satisfaction du devoir accompli ; il aperçut sa femme de dos, à travers les rideaux de la cuisine, elle devait achever les préparatifs de la réception. Il pouvait lui faire confiance, tout serait à la hauteur.
Alors qu’il allait s’emparer de la sacoche posée sur le porte-bagages, il distingua une ombre en mouvement qui s’approchait par le côté ; quelqu’un était entré sans bruit à sa suite. Il s’en voulut de s’être laissé surprendre.
-  Mais qu’est-ce que…
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Une violente douleur lui irradia le flanc gauche ; il porta sa main libre à la poitrine puis il la regarda dans un geste de totale incrédulité alors que sa vue commençait à se brouiller. Elle était couverte de sang. Il comprit les paroles que l’inconnu venait de susurrer à son oreille. La mémoire lui revint, il ne pouvait plus changer le cours des choses. En réponse, sa bouche n’émit qu’un râle informe, il abandonna sa bicyclette, ses genoux se dérobèrent et il tomba, comme au ralenti, la tête la première sur les graviers blancs de la cour qui se tintèrent très vite de rouge. Son vélo, dans une forme de solidarité étrange, venait de chuter lourdement à ses côtés.
Il ne put voir le geste rapide du tueur qui s’était emparé un court instant de sa main gauche. Tout était terminé !
Une interview sur le site de Bertrand Gilet, ancien journaliste et auteur de polar que j'ai le plaisir de rencontrer dans des salons du livre.
Voici l'introdiction : "Le Vendéen Jean-Luc Loiret, auteur installé de longue date à Vouneuil-sous-Biard, près de Poitiers, publie son cinquième polar "Tu l'emporteras pas au paradis" (Editions Venturini & Co). Mario Venturini, son flic philosophe, enquête cette fois sur un homme qui est l'objet de menaces et même, deux mois plus tard, d'une tentative d'assassinat au poignard: le tanto, poignard effilé des samouraïs. Est-ce la même personne qui sévit ainsi dans l'ombre, à Poitiers?
Jean-Luc Loiret, enseignant et fondu de course à pied longue distance, aime les intrigues bien ficelées, dans des lieux qu'il affectionne. Son Venturini fait le régal des lecteurs. interview d'un auteur attachant." Pour lire la suite, cliquer ici.
Et un petit mot de Bertrand : "ça y est, "Tu l'emporteras pas au paradis!" est dans la boîte (Un océan de polars, www.bertrandgilet-polars.net).
Quelle verve! Et tu connais bien ton petit monde poitevin. J'aime ces polars bien enracinés dans le local, ils touchent à mon sens plus rapidement à l'universel."
Dans le réseau des bibliothèques de Chatellerault :
A la rencontre de Jean-Luc Loiret
Vendredi 6 Novembre 2015
Médiathèque Jeanne Ducluzeau - ARCHIGNY
Ambiance couleur polar pour cette troisième rencontre d'auteur.
Auteur du cru, résidant depuis 35 ans dans la commune de Vouneuil-Sous Biard, Jean-Luc Loiret nous a raconté son parcours atypique.
L'écriture comme une évidence : Professeur d'enseignement spécialisé et élu au sein de sa commune durant une vingtaine d'années, il nous explique qu'il a toujours eu ce goût pour les mots et l'envie d'écrire. Ce n'est qu'une fois à la retraite qu'il décide de franchir le pas et de se consacrer à l'écriture.
Auteur de 8 ouvrages, c'est en tant qu'auteur de polars que Jean-Luc se révèle et qu'il nous embarque dans des enquêtes à rebondissements au côté du Commissaire Venturini et de son équipe de flics.
"Amateur du genre, c'est tout naturellement que j'en suis venu à écrire des polars" nous explique-t-il.
L'univers de Loiret ressemble à celui de Georges Simenon. Il propose dans ses polars une intrigue simple, mais un décor et des personnages forts, un héros plein d'humanité, obligé d'aller au bout de lui-même et de sa logique pour résoudre ses enquêtes.
Des intrigues se déroulant à côté de chez nous, telles des faits divers :
La particularité de ses romans est qu'ils ont tous pour décor Poitiers et ses environs.
Par exemple, dans "On ne meurt jamais par hasard" l'intrigue se déroule à Vouneuil-Sous-Biard. Dans "Le marché aux tueurs" l'enquête se déroule entre le marché des Couronneries de Poitiers et Gueret dans la Creuse. Dans "Croix de bois,croix de fer, si tu mens..." le commissaire Venturini enquête dans les rues de Tours.
Jean-Luc explique que c'est un choix sécurisant pour lui de faire évoluerr ses personnages dans des lieux qu'il connaît parfaitement. Les descriptions sont très précises, ce qui plonge immédiatement le lecteur dans l'intrigue, curieux de suivre Venturini dans des décors qui lui sont, à lui aussi, très familiers.
5 polars, 5 enquêtes menées par Venturini et son équipe :
Quand on lui parle des personnages récurrents de ses enquêtes, Jean-Luc nous montre ses cahiers de travail où figurent des schémas, des tableaux et autres fiches d'identité de chacun des personnages.
Il y a le Commissaire Mario Venturini, un quadragénaire, pierre angulaire des intrigues et flic philosophe à ses heures, adepte d'André Comte-Sponville qu'il cite parfois dans ses enquêtes.
Il y a aussi le Lieutenant Bruno Chalais, au tempérament vif et spontané, qui est accompagné d'Isabelle Pontreau, lieutenant d'une trentaine d'années au caractère plus mesuré et posé.
Ces personnages reviennent au fil des romans, nourris par les goûts de l'auteur, allant même jusqu'à prendre en compte les remarques et autres suggestions des ses propres lecteurs. Sous sa plume, les personnages évoluent au fil des pages gagnant en épaisseur psychologique, ou parfois malmenés par l'auteur, comme le lieutenant Chalais dans l'affaire du roman "La chute d'un flic poitevin".
Une rencontre en toute simplicité mais riche, un moment privilégié :
Pendant près d'une heure et demie, Jean-Luc Loiret nous a fait partager son univers et son quotidien d'auteur entre Vouneuil-sous-Biard et la Vendée où il aime se plonger dans son travail d'écrivain. Il nous a confié être en pleine écriture de son sixième opus et nous a même fait l'honneur de nous révéler son titre.
Mais, chut ! je ne vous en dirais pas plus...Il vous faudra patienter jusqu'en septembre 2016, date de sa parution.
Témoignages :
De JPB
Bravo pour votre dernier livre... Le milieu de notables poitevins est bien relaté, milieu que j'ai bien connu... Je trouve que vous avez baladé le lecteur, à la manière de Mary Higgins Clark ou le lecteur envisage tenir un coupable possible, mais l'auteur en décide autrement....
Plutôt "Jean-lucar" que polar, j'ai trouvé ce livre très riche, sur le plan humain, et jamais sinistre, voire réjouissant par moments...Même les interventions de Comte Sponville, dont le Petit Traité des Grandes Vertus ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable, via Venturini, tombent toujours à pic...Bravo l'artiste ! Bises Odile. (collègue au 116 av de la Libé ! )

Créé avec WebSite X5
Conception
  JL Loiret

    Editions
Venturini & Co

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