Entre 2 mondes - Venturini &Co

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Entre 2 mondes

Les polars
Mon sixième polar, intitulé : "Entre 2 mondes " est paru en septembre 2016. Dans un grand format puis dans sa version Ventu-Poche. Il a été accompagné, dès sa sortie, de très belles critiques.

En voici un extrait :

~ 3 ~ Trois jours plus tôt
Toussaint Février était un lève-tôt ; ce lundi, comme chaque jour, après son café matinal, il commença à tourner en rond dans la cuisine, ce qui exaspérait Madeleine, son épouse. Un observateur avisé aurait bien compris que cela faisait partie des rites propres à une longue vie commune. Exaspérants certes, mais indispensables ! Elle avait hâte de le voir quitter son royaume pour aller promener son chien ou jardiner. Elle tolérait tout juste qu’il essuie la vaisselle. Est-ce qu’elle mettait les pieds dans son atelier ?
Il avait revêtu sa « tenue de combat » : une chemise écossaise râpée au col, un vieux pull gris dont il ne voulait pas se défaire, malgré les chaleurs printanières, et un pantalon de toile bleue. Quand il devait sortir en ville, il faisait l’effort de s’endimancher, mais cela lui coûtait.
- Allez Markus, on libère les lieux, dit-il en s’emparant d’une casquette grise et d’une veste militaire crasseuse accrochée près de l’entrée. La patronne n’a pas l’air de bon poil aujourd’hui !
Le chien issu de croisements incertains, vaguement épagneul breton, comprit aussitôt le message et se précipita tout excité vers la porte, sa queue battant la mesure. La demie de sept heures venait de sonner à la pendule trônant dans le salon.
- On va aux Fusillés.
- T’as pas oublié ton téléphone au moins ?
- Mais non !
Toussaint, petit homme râblé et court sur pattes, le cheveu rare, il avait fêté ses soixante-dix-huit ans quelques mois plus tôt, grommela pour la forme. Autrefois, il n’avait pas pour habitude de dire où il allait et il ne s’en portait pas plus mal. Et ce fichu téléphone ! Comme si ça allait l’empêcher d’avoir des problèmes. Il n’était pas sûr de savoir s’en servir.
Le couple habitait une modeste maison sans étage, route de la forêt à Biard, en bordure d’un terrain militaire. Une de ses balades favorites conduisait le retraité, à travers des prairies en jachère, parsemées de buissons et de taillis, vers le Monument des Fusillés, distant de moins d’un kilomètre à vol d’oiseau.
Il aimait ces premières heures de la matinée où la nature s’éveille à la vie. Une légère brume se dissipait lentement, vaincue par les premiers rayons du soleil. Le mois de mai qui venait de commencer, s’annonçait radieux. Ses bottes lui permettaient de traverser sans dommage les hautes herbes couvertes de rosée. Markus n’en faisait qu’à sa tête, poursuivant les lapins qui pullulaient aux alentours. Il devra penser à le débarrasser des tiques qui allaient se coller à lui.
Le terrain, sur lequel il venait de déboucher, avait été une nouvelle fois bouleversé, pour permettre le passage d’un train rapide. Les énormes engins de chantier avaient tracé, dans le bruit et la poussière, un sinistre sillon rectiligne où les rails et les caténaires étaient en cours d’installation. Toussaint Février ne comprenait pas cette démesure. La folie des hommes assurément ! Les autorités béates avaient annoncé qu’on mettrait ainsi Bordeaux aux portes de Paris, comme si cela était d’une importance vitale. Dans les années soixante-dix déjà, l’autoroute avait créé une première saignée dans la vallée voisine. Le monument, élevé à la mémoire de résistants fusillés sur la butte qui se dressait à cet endroit, venait d’être déplacé pour la seconde fois.
En pensant au temps grappillé grâce à cette nouvelle ligne, il se demandait parfois ce que ces gens importants allaient faire des minutes ainsi gagnées. Accélérer encore le mouvement ? Cette course effrénée à la vitesse le dépassait. Il vivait dans un autre univers où la vie avait le rythme du pas du promeneur. Il venait d’apprendre que les modestes comme lui pourraient bientôt voyager en autocar pour aller du côté de Bordeaux ; le billet de train n’étant plus à leur portée et de plus ils n’étaient pas pressés.
- On marche sur la tête, mon pauvre Markus !
Son chien, revenu à ses côtés, sembla l’approuver, en s’ébrouant vigoureusement pour se débarrasser de la rosée. Si on lui avait demandé son avis ! Mais le retraité ne faisait pas partie des personnes qu’on sollicite.
Il dut reconnaître que le nouvel emplacement, choisi pour le monument, donnait à l’ensemble une solennité qui ne lui déplaisait pas : une large allée tracée au milieu des arbres y contribuait pleinement. Il s’arrêta près de la plaque de bronze où étaient inscrits le nom des cent vingt-huit victimes des nazis. A chacun de ses passages, il rendait un hommage silencieux à l’un ou l’autre de ces hommes, fauchés le plus souvent en pleine jeunesse. Il s’attarda sur Jacques Poirrier l’un des derniers de la liste, fusillé le quatre juillet 1944 ; il avait à peine vingt ans. Il se souvint de la gravité de ses parents quand ils évoquaient, à demi-mots, ce qui se passait sur cette butte. Il habitait alors le bourg de Biard et il devait avoir six ou sept ans.
Il décida de suivre le nouveau chemin empierré, surplombant la voie, en direction des bois de Larnay. Dans ce secteur, le tracé de la future ligne longeait l’autoroute, constituant une double barrière difficile à franchir. Alors qu’il allait s’engager sur le nouveau pont à l’usage des véhicules de l’armée, son chien partit comme une flèche et plongea dans un profond fossé, ceinturant le bois, sur sa gauche.
-  Arrête de faire le fou. Reviens ici !
Markus, pourtant docile, refusa d’obtempérer. Le chien s’était immobilisé devant un tas de gravats. Ses aboiements rageurs surprirent Toussaint Février.
- Qu’est-ce que tu as trouvé ?
En s’approchant du bord, il aperçut, recouverte en partie de bouts de carton, de pierres et des branchages, au milieu d’herbes folles, une forme allongée, enveloppée dans du plastique noir. Il pesta intérieurement contre ces inconscients qui se débarrassaient sans scrupule de leurs saletés, au détour d’un chemin. Ils profitaient de la nuit pour déverser leurs détritus, mais là, il s’agissait de tout autre chose.
- Ah non, pas question de descendre !
Devant l’obstination de son animal et ses propres interrogations, il dut s’y résoudre. En s’aidant d’un bâton, ramassé au bord du chemin, il s’aventura sur la pente en grognant, ses bottes se prêtant mal à cet exercice. Son âge non plus !
-  Et comment je vais faire pour remonter ?
Il ne se posa pas longtemps la question. L’odeur qui se dégageait du paquet ne laissait rien présager de bon. A l’aide du couteau qui ne quittait jamais sa poche, il entama le plastique à une extrémité. Une superbe paire de mocassins vernis jaillit par l’ouverture. Et deux jambes à la suite. Il recula d’un pas.
-  C’est bien ma veine !
Le vieil homme dut s’asseoir sur un tronc d’arbre échoué là, pour retrouver ses esprits.
Message de lecteurs
"S'il vous plaît, sortez notre commandant de son lit, en pleine forme. Il me manquerait trop", petit mot transmis par PB après avoir lu "Entre 2 mondes".
Mail de G et R G : "R. et moi même, en fidèles lecteurs, nous venons d'acheter ton dernier roman policier, "entre deux mondes", alors, si nous avons beaucoup aimé les autres, celui-ci les bat tous.
Je n'ai pas pu le lâcher avant la fin... Surtout nous avons pu voir ton évolution d'écrivain au fil de tes polars.
Ce dernier livre est particulièrement bien fait, en plus de l'enquête policière, tu nous fais entrer dans la vie privée du commissaire et de la présumée coupable, de leur liaison, mais ce n'est pas du tout à l'eau de rose, au contraire, ça ouvre l'intrigue policière sur une intrigue personnelle entre les personnages clefs....
En tout cas, nous voulions te dire bravo, tu es vraiment un grand auteur de romans policiers. J'attends le suivant avec impatience.
De Maryse M une de mes lectrices.
Merci de me faire vivre des aventures policières qui se déroulent sur des secteurs connus. En tant que lectrice, je m'imagine les différents lieux familiers parfois. Vos personnages sont attachants avec des caractères différents, "normal" mais qui se complètent, ce qui fait une équipe sûre. Quand on commence, on souhaite connaître la suite et la fin rapidement. Il y a du suspens... pour conclure sur une fin parfois inattendue. Bravo et merci encore.
Créé avec WebSite X5
Conception
  JL Loiret

    Editions
Venturini & Co

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